Marchés publics de facility management : critères environnementaux obligatoires en 2026 — comment les définir et les noter

Au 18 octobre 2026, les règles ont changé pour les acheteurs publics français : depuis le 22 août 2026, tout marché public doit intégrer au moins un critère d’attribution environnemental et comporter au moins une condition d’exécution environnementale. Pour les contrats au-dessus des seuils européens, une condition d’exécution sociale s’ajoute. Dans le facility management (FM) — maintenance multitechnique, CVC, propreté, sécurité, multiservices — ces obligations transforment en profondeur les cahiers des charges, les grilles d’analyse et le pilotage des prestations.

Objectif de cet article : vous donner un cadre opérationnel, à jour au 18/10/2026, pour construire des critères environnementaux pertinents, juridiques et efficaces sur la performance, avec des exemples concrets adaptés au FM.

1) Ce que change le cadre réglementaire depuis le 22 août 2026

Deux obligations désormais systématiques

Ces exigences découlent de l’article 35 de la loi Climat et Résilience et sont précisées par la Direction des affaires juridiques (DAJ). Pour mémoire, le Code de la commande publique autorise aussi l’évaluation du coût du cycle de vie (CCV) comme modalité d’attribution : si vous choisissez un critère unique de coût, celui-ci doit intégrer les caractéristiques environnementales de l’offre et les coûts d’usage pertinents (énergie, consommables, maintenance, fin de vie) selon une méthode annoncée dans le DCE.

Autres obligations qui irriguent le FM

2) Traduire ces obligations dans un DCE FM : architecture des critères et des clauses

Deux voies simples et sûres côté critères

  1. Trois critères séparés (courant et lisible pour le marché) :
    – Prix/Coût global (ex. 40–60 %)
    – Valeur technique (ex. 30–50 %)
    – Critère environnemental dédié (ex. 10–30 %) : méthodes de réduction d’énergie et d’émissions en exploitation, stratégie déchets, mobilité d’intervention, écoconception des consommables, outil de suivi et preuves.
  2. Coût du cycle de vie (CCV) + Qualité :
    – CCV (ex. 40–60 %) incluant coûts énergétiques projetés, consommables (produits de nettoyage, filtres, EPI), maintenance préventive/corrective, fin de vie (dépose, traitement des DEEE, filières REP), avec hypothèses et horizon d’analyse définis dans le DCE ;
    – Qualité/Organisation/Innovation (ex. 40–60 %) incluant sous-critères environnementaux (méthodes, outils, preuves). Cette approche est robuste si votre parc est instrumenté (télémesure, GMAO) et si vous pouvez fiabiliser les hypothèses de consommation.

Dans les deux cas, publiez une grille critériée explicite, avec : i) le lien à l’objet du marché, ii) les sous-critères et attendus (justificatifs acceptés, référentiels), iii) la méthode de notation (échelles, seuils éliminatoires éventuels), iv) les pièces probantes exigées.

Clauses d’exécution environnementales « cœur de métier » FM

Astuce pratique : rattachez toujours la clause à un livrable (procédure, plan, paramétrage, formation), à une échéance (ex. J+90 pour le plan déchets) et à un indicateur piloté dans le contrat.

3) Exemples concrets de sous-critères et d’indicateurs (FM hard & soft)

Maintenance CVC/GTB

Propreté et services aux occupants

Sécurité/Accueil/Multiservices

4) Comment bâtir un critère environnemental solide et « attaquable »

1. Rattachez-le à l’objet du marché

Un bon critère évalue des résultats ou moyens en lien direct avec la prestation (ex. réduction mesurée de l’énergie sur les installations entretenues), pas la politique RSE générale du candidat. Décrivez précisément les livrables attendus et les modalités de preuve.

2. Donnez des repères de pondération sans rigidité

Pour un marché FM multisites standard, viser 15–30 % sur le critère environnemental dédié est fréquent. Ajustez selon la maturité de votre patrimoine (instrumentation, GTB, historique de consommations) et l’ambition (ex. trajectoire Décret Tertiaire/PNBC locale).

3. Précisez les preuves acceptées

4. Utilisez le coût du cycle de vie avec méthode

Si vous intégrez un CCV, fixez dans le RC/CCAP : i) le périmètre (énergie, consommables, maintenance, fin de vie), ii) l’horizon (ex. 4 ans + reconductions), iii) les prix et facteurs unitaires retenus (kWh, m³, coûts d’exutoires), iv) les scénarios de fonctionnement (heures d’occupation, consignes), v) le gabarit de calcul à renseigner par les candidats. Vous rendez ainsi le critère objectivable et comparable.

5) Clauses d’exécution incontournables à intégrer en FM

6) Pilotage : SLA, KPI et gouvernance

Calibrez un socle d’indicateurs vérifiables et reliés aux pénalités/incitations :

Organisez une revue mensuelle (run) et une revue semestrielle (stratégie) pour arbitrer les ajustements, valider les plans d’amélioration continue et préparer les jalons réglementaires (mise en conformité BACS, déclarations annuelles, publication des indicateurs contractuels).

7) Parcours en 90 jours pour sécuriser vos prochains marchés FM

  1. Audit express (Sem. 1–3) : cartographier obligations (BACS, déchets), maturité GTB/GMAO, historiques de consommation, exutoires déchets, moyens actuels des prestataires.
  2. Conception du DCE (Sem. 4–7) : définir critères/pondérations, CCV éventuel et méthode de calcul, clauses d’exécution, preuves acceptées, livrables et jalons.
  3. Données et outils (Sem. 4–8) : fiabiliser points de comptage, modèles de bordereaux déchets, gabarits de reporting, interfaçages GTB–GMAO–CAFM/IWMS.
  4. Marché test (Sem. 8–12) : publier sur un périmètre pilote ; à l’analyse, vérifier la capacité discriminante du critère environnemental et ajuster pour les lancements suivants.

8) Points de vigilance juridiques

9) Check-list « prêt à publier » pour un marché FM en 2026

Sources

FAQ

Quelle pondération donner au critère environnemental en FM ?

Il n’existe pas de minimum légal de pondération. En pratique, 15–30 % pour un critère dédié fonctionne bien sur des marchés FM multisites. Si vous recourez au coût du cycle de vie, veillez à expliciter votre méthode et vos hypothèses.

Peut-on se limiter à un critère « coût » unique ?

Oui, à condition d’utiliser un coût du cycle de vie intégrant des composantes environnementales (énergie, consommables, maintenance, fin de vie) et d’indiquer la méthode de calcul dans le DCE. Sinon, il faut un critère environnemental distinct.

Quelles clauses environnementales sont incontournables dans un marché FM ?

La mise en conformité BACS (le cas échéant), l’organisation du tri à la source (dont biodéchets), l’exploitation énergétique (consignes et suivi), la mobilité d’intervention bas-carbone et l’écoconception des achats courants. Chaque clause doit être rattachée à un livrable, une échéance et un KPI.

Comment éviter un critère jugé trop général ou non pertinent ?

Focalisez le critère sur les moyens et résultats appliqués aux sites et équipements du contrat (méthodes d’exploitation, gains d’énergie, organisation du tri, flotte d’intervention) et non sur la politique RSE globale du candidat. Définissez des preuves et une méthode de notation.

Faut-il des outils spécifiques pour piloter ces exigences ?

Un socle GMAO/CAFM, des compteurs télérelevés/GTB pour l’énergie et un dispositif de traçabilité des déchets sont fortement recommandés. Ils permettent d’objectiver les KPI, d’alimenter le CCV et de sécuriser le dialogue contractuel.

Besoin d’aide pour cadrer vos prochains marchés FM ? Contactez nos équipes pour un audit express de votre stratégie de facility management et la construction de critères environnementaux performants et juridiquement sûrs.